Le tête à tête

Le tête-à-tête (Head's up) tient une place à part dans le Poker. Pour gagner sur le long terme, un joueur doit réunir de nombreuses qualités : l'observation, la concentration, la rapidité dans le calcul des côtes et de la prise de décision. Pour appréhender ce cours, le lecteur devra être un joueur de niveau intermédiaire, initié au principe de la côte du pot, des profils de joueurs et des règles d'enchère spécifiques du Head's Up.

De l'intérêt du tête-à-tête

Beaucoup de joueurs ne sont pas sensibilisés aux techniques spécifiques du tête-à-tête. Pourtant tous ou presque seront confrontés un jour ou l'autre à ce type de partie, et les erreurs peuvent être nombreuses et se payer cher si l'adversaire est un initié.

Un cas typique du jeu en tête à tête est le tournoi. Si vous voulez gagner un tournoi un jour (et c'est quand même l'objectif quand on y participe), vous devrez dans les derniers instants savoir négocier un tête-à-tête face au finaliste. Gagner ou perdre ce duel fera varier du simple au double le price money. La différence de gain en tournoi entre un bon joueur de Head's Up et un mauvais se fera donc sentir à très court terme.

Le jeu en tête-à-tête peut aussi être une fin en soi. Toutes les rooms proposent ce style de table, en cash game et en tournoi, mais le plus souvent à des limites raisonnablement élevés (en raison d'une politique de râteau minimal) à partir de 0.10/0.20. Attention donc à ce type de partie si vous n'y êtes pas habitués. Vous pouvez perdre des sommes importantes très rapidement (10 euros pour une partie de quelques minutes maximum) si vous n'êtes pas entraîné à ce type d'exercice. En raison de la forte variance de ce type de jeu agressif, même un joueur aguerri peut avoir un mauvais rush plusieurs parties de suite. Dans ce cas mieux vaut avoir la profondeur de bankroll suffisante pour encaisser le coup, et les reins solides pour éviter les tilts.

Dans ce cours je diviserai chaque raisonnement en deux : Le cas de la small blind, et celui de la big blind. En effet étant donné la différence importante entre ces deux positions, il est important d'analyser les techniques pour chaque cas.

Le préflop

La sélection des mains préflop, savoir quand et de combien les relancer, est comme dans toutes les variantes un élément important.

Voyons tout d'abord le cas de la small blind. Vous n'avez alors pas l'avantage pré-flop, étant donné que vous parlez en premier, sans aucune connaissance du jeu de l'adversaire. Cependant contrairement à cette logique, c'est à vous de jouer le plus agressivement. Cela pour une raison, une fois au flop, les échanges s'inversent et ce sera à lui de parler en premier. Vous aurez alors la position pour toute la mène. Certains joueurs, dont moi-même, considèrent qu'il faut toujours relancer en position de SB (small blind). Tout d'abord cette attitude vous rendra plus agressif, le mettant sur la défensive, et c'est exactement ce que vous recherchez : gardez le contrôle de la partie au rythme de vos relances. De plus cela vous rend moins lisible : Au bout d'un moment votre adversaire se lassera de ces relances et finira pas suivre à chaque coup, et cela peu importe le montant de vos mises. Cette situation est la meilleure qui soit, vous avez le contrôle du pot, et pouvez ajuster et faire varier celui ci selon votre jeu, et vos impressions. Attention cependant à ne pas vous laisser piéger vous-même par vos propres relances. Ce faux rythme ne doit pas vous endormir en relançant d'une enchère automatique chaque small blind. Cette mise doit vous permettre de tester la main de votre adversaire sur sa main et/ou de le rendre nerveux à l'approche du flop, ne sachant plus sur quelle type de main vous mettre.
Vous avez clairement l'avantage avec cette position, à vous de maximiser vos gains dans cette situation, et donc de faire le jeu.

L'approche en position de big blind est bien entendu radicalement opposée. Vous possédez dans ce cas là le premier indice, à savoir la valeur de la relance de votre adversaire. Si le joueur est plutôt passif, alors cet enchère peut vous donner certaines indications : un limp appellera une main faible, une petite enchère indiquera soit une tentative de vol de blind, soit une main importante, et une grosse relance indiquera le plus souvent une main moyenne à forte, comme une petite paire par exemple. Ceci est donné à titre d'indications, n'en faîtes bien sur pas une généralité, seul la connaissance de votre adversaire vous indiquera avec plus de précision la valeur de sa main préflop.
Attention cependant car étant donné le système d'enchère du Head's Up, vous allez à partir du flop vous retrouver dans une situation très inconfortable, à savoir qu'il faudra jouer à l'aveugle sur l'adversaire, et ce jusqu'à la fin de la mène. Il s'agit donc ici de sélectionner astucieusement ces mains, afin de ne pas se faire piéger par la suite. Toutes les petites paires sont bonnes à prendre, méfiez-vous des suited connectors qui peuvent être de véritables bombes en partie classique, mais qui auront plus de mal à se faire payer en tête-à-tête. Privilégiez-donc les cartes hautes.

Enchères et psychologie

Je ne vais pas vous faire ici un cours de coaching ou de développement personnel, il convient cependant de se rappeler qu'avant de gagner une partie en Head's Up, il faut tout d'abord la gagner dans sa tête.

Quand j'ai commencé à jouer intensivement en Head's Up il y a quelques années, j'ai remarqué un processus que l'on ne retrouve que dans ce type de jeu : quand un joueur commence à perdre, il lui est très difficile de remonter la pente. Vous pouvez ainsi prendre l'ascendant psychologique sur un joueur et ainsi gagner quelles que soient vos cartes et votre chance du moment, car vous pourrez lire dans ses relances comme dans un livre ouvert.

J'ai plusieurs fois fait l'expérience de m'asseoir à une table de cash-game Head's Up avec $10, contre un joueur qui fit de même. Au bout de quelques minutes je suis arrivé à bout de son tapis, il remet alors la même somme et là encore je le bat en peu de temps. Il réessaie et mêmes conséquences, cela près de 10 fois de suite... Au bout d'un moment à force de le relancer à un rythme soutenu, son bet pattern m'indiquait tout simplement son jeu. Il lui était alors impossible de se refaire. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce processus : tout d'abord le tilt du joueur qui voit ses tapis disparaître les uns à la suite des autres. Ensuite la différence des tapis qui se creuse, et enfin l'ascendant psychologique pris sur l'adversaire. Je pense que cette dernière donnée est décisive.
Vous devez donc mettre sans cesse la pression sur votre adversaire. Vos relances doivent installer un rythme soutenu pendant la partie. Attention cependant à ne pas trop vous concentrer non plus sur vos propres relances, et de rester vigilant sur celles de votre adversaire. Dans cette situation il ne peut que difficilement se permettre de bluffer, et va plus se concentrer sur ces mains, vous facilitant ainsi la tâche. Les call doivent notamment attiré votre attention.

Cette situation de domination est classique dans les Head's Up, et vous devez la repérer afin d'en profiter un maximum. Le paragraphe sur la sélection de l'adversaire vous permettra de choisir vos parties afin d'être le plus souvent possible dans cette configuration.

Le rake

Voilà un point épineux sur lequel il faut se pencher quand on souhaite gagner de l'argent avec des parties en Head's Up. En effet dans ce type de partie, la fréquence des gains est très importante pour chaque joueur, puisque vous gagnez en moyenne 50% (espérons un petit peu plus...) de vos mains, là vous en gagnez aux alentours de 10% dans une partie classique. Or les salles de jeux online prennent un râteau sur chaque gain, et vous êtes donc fortement "taxé" lors de Head's Up. La structure du râteau change fortement entre chaque salle, vous pouvez voir le détail de celui-ci dans la rubrique "room" pour vous faire une idée.

Une autre solution consiste à faire des tournois à 2 joueurs, qui sont proposés dans de nombreuses salles. Cette structure a pour avantage de ne vous faire payer qu'un seul rake, et cela quelque soit la longueur de la partie. Selon votre style de jeu, préférez l'une ou l'autre de ces architectures (cash-game ou tournoi). La meilleure des solutions est encore d'essayer les deux sur un nombre important de parties, et de calculer quelle est celle qui vous as rapporté le plus. Attention à bien comparer les gains, que le rake n'est pas le seul facteur : On notera le style de joueur présent sur ces différents types de parties, ainsi que l'évolution des blindes inhérente aux tournois qui peut, ou pas, vous favoriser.

La sélection de l'adversaire

Ici est expliqué un point rarement abordé dans les cours sur le Poker. Cette notion est cependant primordial durant les parties en tête-à-tête. Ce chapitre est réservé au cash-game ou aux tournois à 2 joueurs sur Internet, dans les autres cas vous pouvez passer votre chemin...

Les rooms proposent plusieurs parties de cash-game en même temps et sur une même limite. La stratégie utilisée communément lors de partie sur Internet est de choisir une partie au hasard, et d'adapter votre style à celle-ci. La plupart d'entre nous choisissant cependant les parties avec le plus de mains suivis au flop lorsque cette information est disponible.

Lors d'une partie de Head's Up, on peut perdre rapidement tout son tapis face à un joueur que l'on n'arriverais pas à cerner et à dominer. Il est donc essentiel de savoir se sortir de cette impasse, et cela le plus tôt possible. Lorsqu'un joueur commence à vous dominer, à vous prendre un tapis, puis un deuxième, un début de tilt peut se faire sentir. Ajouté à cela un tapis de plus en plus défavorable, ainsi qu'une infériorité psychologique, vous avez toute les chances de ne jamais vous refaire. Souvenez-vous qu'au Poker, l'honneur est l'arme des faibles. Se savoir battu et aller chercher ailleurs un pigeon, c'est la stratégie ultime du bon joueur de Head's Up. Il faut savoir appliquer cette stratégie, et profiter des adversaires plus faible qui ne la connaissent pas !

Conclusion

Le tête-à-tête est un art alliant technique, psychologie et ruse. Les parties sont souvent denses et le nombre de décisions à prendre est très importantes comparé à une partie classique. Cet exercice peut donc s'avérer dangereux lors de cash-game, et il faut savoir être prudent lors d'évolution brutale de votre bankroll.
La pratique est encore la meilleure manière d'apprendre, à condition de pouvoir et de savoir analyser ses mains, ses erreurs, et ses prouesses !

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